Analyse | Le Canadien lutte pour sa survie tout en voyant ses jeunes se développer
Des plans pour que cette équipe se mette des idées dans la tête. Les joueurs du Canadien se sont déjà prouvés à eux-mêmes, plus tôt cette saison, qu’ils pouvaient rivaliser avec n’importe qui lorsqu’ils jouent comme ils en sont capables. Or, voilà que pour un deuxième match de suite depuis la fin de la Confrontation des 4 nations, le CH a pris tous les moyens nécessaires pour l’emporter et pour se donner une chance de demeurer dans la course aux séries. Tout cela est bien, mais la réalité du Tricolore ne tient pas tant au nombre de points qui le séparent d’une place dans les séries que de la quantité d’équipes qu’il doit dépasser. Sa victoire de 4-0 sur les Hurricanes de la Caroline – qui filent un mauvais coton ces temps-ci – pourrait très bien jeter les bases d’une séquence victorieuse. Mais le Canadien était à cinq points de la deuxième équipe repêchée avant le match, et elle l’était toujours après son blanchissage. Les Blue Jackets de Columbus ont tout simplement remplacé les Sénateurs d’Ottawa dans le siège convoité. D’un modèle statistique à l’autre, personne ne donne au Bleu-blanc-rouge 10 % des chances de participer aux séries. Il est si proche, mais si loin en même temps. L’entraîneur-chef Martin St-Louis ne jouera pas les pourcentages et ne gérera pas le risque comme il demande à ses joueurs de le faire sur la glace. Il va abattre toutes ses cartes et essayer de mener ses troupes à un dénouement heureux et inattendu. Ce qu’on sait déjà, sans égard aux surprises qu’elle pourrait nous réserver d’ici à la fin du calendrier, c’est qu’il reste à cette équipe une part de développement à faire avant qu’elle arrive à bon port. En ce sens, les progrès que pourraient faire les jeunes joueurs au cours des 24 derniers matchs de la saison en diront longs sur le pas en avant que peut espérer faire le Canadien la saison prochaine. Vue sous cet angle, la victoire face aux Hurricanes a montré plusieurs signes encourageants. Juraj Slafkovsky a manifesté haut et fort le désir de s’abreuver à la colère pour l’aider à transformer son jeu en quelque chose de plus dominant. Il sera un homme malheureux s’il joue tous ses matchs en étant de mauvaise humeur, mais vous comprenez le topo : Slaf sait qu’être piqué à vif plutôt qu’être indifférent l’aide à sortir le meilleur de lui-même. Il est le genre de joueur qui va tout tenter pour trouver la formule lui permettant d’être aussi dominant que ce qu’il se croit capable l’être. Ça l'a servi samedi contre les Sénateurs d'Ottawa et il voulait continuer dans cette voie. Je n'aurai pas huit mises en échec à chaque match, mais si je peux rôder autour du filet, donner des doubles-échecs et terminer mes mises en échec quand l'occasion se présente... Le Slovaque de 20 ans ne parle pas comme un joueur qui veut se dénaturer, mais qui commence à prendre conscience du fait qu’un joueur avec un gabarit comme le sien possède un avantage intrinsèque qu’il serait fou de ne pas utiliser. Face aux Hurricanes, il s'est encore impliqué sur le plan physique, mais il a surtout utilisé son gabarit pour gagner sa position dans l’enclave et être efficace devant le filet. C’est en déviant un tir de Jayden Struble qu’il a inscrit son 10e but de la saison. Et ce qu’il réalise, à la lumière de ces deux matchs qu’il a joués avec toute la volonté d’un homme qui applique ses résolutions du Nouvel An, c’est que s’imposer physiquement ne fait pas que créer de l’espace pour ses coéquipiers. Il s’en crée pour lui-même aussi. L’an dernier, on a vu Slafkovsky décoller en deuxième moitié de saison et faire l'étalage d'habiletés qu’il avait cachées en début de campagne. Il n’y a aucune raison qu’il ne soit pas capable de faire de même cette saison. Emil Heineman Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis La recrue Emil Heineman en était à son deuxième match depuis qu’il a oublié de regarder des deux côtés de la rue avant de traverser à Salt Lake City. Et bien sûr, le Canadien a gagné. Quand Heineman n’était pas de la formation cette année, l'équipe a affiché un dossier de 5-9-1. Lorsqu’il est de la partie, la fiche est de 22-16-4. Quand Martin St-Louis s’est amené à la barre, il y a trois ans, il pouvait difficilement concevoir comment il pouvait développer ses joueurs et leur apprendre en même temps à gagner. Heineman a la chance de s’être joint au club un peu plus tard dans le processus. Dans la position où se trouve l’équipe en ce moment, il doit attaquer ces deux dossiers de front. Les Hurricanes ne se ressemblent pas tellement par les temps qui courent, mais en temps normal, leur échec avant tenace et leur pression constante sur l’adversaire sont une source d’inspiration pour St-Louis. Idéalement, le CH voudrait jouer comme jouent les Hurricanes. Et Heineman a en plein le profil pour jouer ce type de hockey. Il a la vitesse, il a l’implication physique, il ne commet pas beaucoup d’erreurs, il aura un jour le volume de lancers pour accompagner la qualité de ses tirs, et il est capable d’être teigneux en couverture défensive. Telle est la voie dans laquelle le Tricolore est engagé sous St-Louis, et Heineman est un bon candidat pour continuer à émerger d’ici la fin du calendrier. À moins bien sûr qu’un départ possible de Jake Evans et de Joel Armia – qui lui ont tant appris – ne l’ébranle démesurément. Permettez-nous d’en douter. Ses assises dans la LNH commencent à être solides. Pour de jeunes joueurs, les occasions viennent parfois avec les blessures. Struble est en audition avec le défenseur Kaiden Guhle qui est encore sur la touche pour un bon moment, et il tente tant bien que mal d’obtenir plus de corde de la part de son entraîneur. Owen Beck, lui, est à Montréal en raison de l’absence de Kirby Dach, et chacun de ses rappels nous montre un joueur de plus en plus convaincant. Placé au centre d’Alex Newhook et de Patrik Laine, Beck a été le meilleur joueur de son trio lorsqu’on évalue l’efficacité dans les trois zones. Il n’y a jamais eu de doute que Beck allait jouer dans la Ligue nationale, mais voir la maturité de son jeu ressortir dans un match où il était jumelé aux éléments les plus offensifs qu’il ait eus jusqu’à présent est encourageant pour l’avenir. St-Louis a dit en matinée que le dernier match avant la pause de la Confrontation des 4 nations lui avait montré l'Owen Beck que l’organisation espérait voir, et le jeune homme a continué dans cette voie mardi. Que veut-elle voir de lui au juste? Slafkovsky, Heineman et Beck sont trois jeunes joueurs qui se sont distingués face aux Hurricanes parce que chacun est allé puiser dans ses forces pour jouer de la façon dont leur entraîneur s’attend qu’ils jouent. Ils se développent. Et pour l’instant, du moins, l’équipe gagne.Oui, la date limite des échanges s'en vient, mais la fin de saison est aussi super importante, a dit le défenseur Alexandre Carrier. Dans le vestiaire, on croit en nous, on croit en notre équipe, puis on veut évidemment que l'équipe reste intacte.
La prise de conscience de Slafkovsky
J'ai l'impression que mes touches de rondelle sont bien meilleures, et peut-être même que cela m'aide parce que les autres gars ne veulent pas autant s'approcher de moi. Peut-être qu'ils pensent que je vais utiliser mon corps ou les frapper, alors ils essaient de jouer du bâton un peu plus. Je n'ai pas des mains extraordinaires, mais j'ai d’assez bonnes mains pour faire tous ces jeux quand j'ai un peu plus de temps
, a-t-il indiqué.J'ai l'impression que ma façon de jouer me permet d’aller chercher un peu de temps.
Heineman a repris là où il avait laissé

Quand tu pratiques comme lui un style ou une approche plus directe au jeu, je pense que c'est plus facile, a dit St-Louis. Je pense qu'il a de bonnes habitudes ancrées en lui et il fait beaucoup d'actions gagnantes sur la glace. Les choses auraient pu être différentes s'il était arrivé il y a trois ans. Mais il doit apprendre les deux sur le tas cette année, et il fait un excellent travail.
Beck répond aux attentes
Que je sois difficile à affronter, que je sois physique, que j’apporte du rythme, de l'énergie et un bon échec avant, a précisé Beck. Je pense que quand ça se produit et que je finis par obtenir plus de temps en zone offensive, je suis capable d'essayer de faire mes jeux et de faire ce que j'ai fait pendant toute ma carrière, vraiment, depuis le niveau junior. Je pense que c’est essentiel de m’en tenir à ça et d'être fiable dans toutes les zones de la glace.
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